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Quel rôle doit et 
peut jouer le pharmacien
en matière d’éducation santé ?

Dans un contexte de préoccupation grandissante à l’égard de la santé et de recherche pour en diminuer les coûts, l’éducation santé – ou comment apprendre aux patients à modifier leurs comportements pour améliorer leur santé – apparaît comme un enjeu d’avenir. A l’occasion du salon Pharmagora (1-2-3 avril 2006 à Paris Expo) placé cette année sous le thème : Pharmacien Éducateur de Santé, il était intéressant de mener une enquête auprès des pharmaciens mais aussi du grand public, afin de mesurer leurs réactions vis-à-vis de ce rôle d’éducation santé et de mesurer d’éventuelles différences entre la perception de ces professionnels et celle des patients potentiels. Cette étude montre que les pharmaciens sont largement disposés à accomplir cette mission d’éducation santé, rôle qui leur est également conféré par le grand public, mais pour lequel ils rencontrent encore quelques difficultés pour l’accomplir pleinement aux côtés des médecins.

Les résultats de l’enquête PHARMAGORA-IPSOS

Œ L’éducation santé est considérée comme une des missions naturelles des pharmaciens …

Une activité largement pratiquée qui devrait l’être encore davantage à l’avenir…

Le constat des pharmaciens est quasiment unanime : l’éducation santé fait d’ores et déjà partie de leur quotidien, et cela ne va que s’amplifier dans les années à venir.

Les pharmaciens ont le sentiment que depuis quelques années les patients les interrogent davantage sur les sujets de santé publique (88% dont 32% " beaucoup plus "), le bien-être et la santé (88% dont 31% " beaucoup plus ") et les pathologies lourdes et chroniques (84% dont 26% " beaucoup plus ").

Les seuls sujets sur lesquels les pharmaciens n’observent pas de hausse de la demande concernent les nouveaux médicaments sortis de la réserve hospitalière : seuls 38% des patients les interrogent plus à ce sujet, dont 9% " beaucoup plus ". Cela s’explique sans doute par la plus grande technicité de ce sujet, qui concerne davantage les professionnels de la santé que les patients eux-mêmes. Soulignons toutefois que ces hausses des sollicitations des pharmaciens restent encore relativement mesurées, les pharmaciens estimant le plus souvent que les patients les interrogent " un peu plus " sur ces sujets (hormis la sortie de réserve hospitalière).

Il semble que cette évolution soit appelée à s’amplifier dans les années à venir, du moins selon les pharmaciens, qui sont cette fois-ci nettement plus affirmatifs dans leur propos. De manière quasiment unanime (93%) ils estiment que dans les prochaines années ils assureront davantage ce rôle d’éducateur santé auprès des personnes venant dans leur pharmacie, dont une très nette majorité (61%) indique même qu’ils y seront " beaucoup plus " amenés.

Ce sentiment est probablement d’autant plus fort que les personnes qui viennent dans leurs pharmacies leur semblent attentives (90% d’entre eux estiment que cet adjectif correspond plutôt bien) et en demande (90%). Ils ne sont qu’une minorité à estimer que les patients sont méfiants (29%), non intéressés (26%) ou surinformés (26%). Pour la majorité des pharmaciens, il semble que les patients disposent désormais d’une ouverture d’esprit suffisante pour recevoir une éducation santé de leur part.

En ce qui concerne la prévention et le dépistage, aujourd’hui,16% des pharmaciens interrogés affirment en faire déjà, auprès de la plupart de leurs patients, et près des trois quarts (72%) le font mais seulement auprès de certains patients quand cela leur semble indispensable, soit au total 88% qui font d’ores et déjà de la prévention et du dépistage auprès de leurs patients. Et parmi les 11% qui déclarent ne pas en faire, 8% aimeraient le faire, soit un potentiel de développement pour l’avenir.

… dont la légitimité va de soi, pour les pharmaciens

Une chose est de constater ou d’anticiper des évolutions, une autre est de les approuver sans réticence. Or c’est bien ce que l’on observe chez les pharmaciens. Alors que cette mission, qui suppose une plus grande implication auprès du patient, pouvait leur sembler contraignante ou hors de leur domaine de compétence, c’est de manière encore plus massive qu’ils affirment que cela fait partie de leur rôle (99%). Plus des trois quarts (77%) considèrent même que cela fait " tout à fait " partie de leur rôle. Tout laisse à croire que pour eux l’éducation santé s’incorpore naturellement dans leur champ de compétence. Cette prérogative leur est d’ailleurs reconnue par les Français dans leur ensemble puisque 79% d’entre eux estiment également que l’éducation santé est du ressort du pharmacien.

Toutefois, il faut d’ores et déjà souligner un écart entre la perception des pharmaciens et certaines catégories de Français.

En effet, certaines populations se montrent un peu moins convaincues que les autres de la légitimité des pharmaciens pour remplir ce rôle : ce sont les personnes des plus de 35 ans qui considèrent que cela fait partie du rôle des pharmaciens contre 82% des moins de 35 ans et les catégories populaires ( 74% des ouvriers contre 86% des cadres). Comme on le verra plus loin, ce sont aussi ces deux catégories qui estiment un peu plus fréquemment que les autres qu’un conseil d’éducation santé du pharmacien, aussi judicieux soit-il, doit être associé à celui du médecin pour pouvoir être suivi.

Le premier enseignement majeur de cette enquête est donc que l’éducation santé est une pratique considérée comme naturellement inhérente au rôle du pharmacien. Ces derniers, loin de se montrer frileux ou réticents à l’idée de remplir cette mission, semblent l’avoir parfaitement intégrée. Néanmoins, considérer que l’éducation santé relève des compétences du pharmacien ne signifie pas que sa pratique se fasse sans encombre.

 

… avec de réels atouts pour remplir cette mission : la confiance des patients, des compétences professionnelles reconnues et une confidentialité jugée suffisante par la majorité des Français

Interrogés sur les moyens dont disposent les pharmaciens pour mener à bien cette mission, les deux cibles de l’enquête se montrent optimistes sur la plupart des éléments testés, même si certains aspects sont davantage mis en avant par les pharmaciens que par le grand public (et vice versa) et que le grand public est, à nouveau, un peu moins massivement convaincu que les pharmaciens de la réalité de ces moyens.

Les deux publics s’accordent pour dire que pour remplir cette mission, la confiance des patients est suffisante (92% des pharmaciens et 87% des Français), tout comme les compétences professionnelles des pharmaciens (92% et 85%) ou la confidentialité au sein de l’officine (81% et 74%). Toutefois, on note là encore un léger décalage entre la perception des pharmaciens et celle des " patients ". Il n’en reste pas moins vrai que les pharmaciens semblent bénéficier d’une bonne image et d’une confiance en leurs compétences pour prodiguer des conseils, même si certaines catégories de personnes sont plus réservées, notamment sur la confidentialité. Près d’un jeune de moins de 35 ans sur trois (31%) la juge insuffisante au sein de la pharmacie (contre seulement 19% des plus de 35 ans). Peut-être estiment-ils qu’il est difficile d’aborder des questions et des problèmes plus intimes qui les touchent souvent plus (comme la sexualité) au sein de la pharmacie. Les catégories sociales favorisées émettent les mêmes réserves (49% des cadres supérieurs et 45% des personnes titulaires d’un diplôme supérieur ou égal à un Bac+3 jugent cet élément insuffisant).

mais aussi des difficultés rencontrées qui sont en partie liées à un écart de perception entre les Français et les Pharmaciens sur la connaissance de l’historique patient et leur disponibilité …

En effet, certains éléments suscitent une plus grande réserve du grand public, comme la connaissance du patient et de son historique, jugée suffisante par 87% des pharmaciens mais seulement par 56% des patients. C’est là le principal point d’achoppement, même si une majorité considère toutefois qu’elle est suffisante. Difficulté qui pourrait se réduire par l’intégration d’un Dossier Pharmaceutique dans le Dossier Médical Personnel dont la généralisation est prévu en 2007.

Du côté des pharmaciens, le problème est autre : si le grand public a le sentiment que les pharmaciens ont du temps pour faire de l’éducation santé (78% estiment que la disponibilité dont ils disposent est suffisante), les pharmaciens ne sont que 66% à partager ce point de vue. Certes, ce chiffre est élevé – ce qui confirme le fait que les pharmaciens ont intégré dans leur champ de compétence la notion d’éducation santé puisque les deux tiers d’entre eux ont suffisamment de temps pour le faire – mais la disponibilité est l’élément testé qui arrive en dernière position, loin derrière les autres. Cet élément constitue donc le principal obstacle à la pratique de l’éducation santé pour les pharmaciens, ce qui explique probablement en partie que si 64% d’entre eux jugent qu’il est facile d’en faire, cette affirmation est très mesurée : 58% déclarent que c’est " plutôt facile " et seulement 6% que c’est " très facile ".

Si l’éducation santé fait donc partie intégrante de leur rôle, les pharmaciens émettent néanmoins quelques réserves sur la facilité à en pratiquer.

… à partager avec le médecin

Le grand public, s’il juge les pharmaciens aptes à faire de l’éducation santé, semble toutefois davantage privilégier le rôle du pharmacien à des informations, conseils et accompagnement concernant les médicaments. Ils posent ainsi moins de questions à leur pharmaciens sur des sujets de santé publique comme les comportements addictifs (16% posent des questions à leurs pharmaciens sur ce sujet) ou les troubles alimentaires (12%), que sur des pathologies lourdes (31% en posent).

Il n’est donc pas étonnant que les pharmaciens perçoivent un impact plus important sur les patients atteints de pathologies lourdes (90% estiment que dans ce cas les répercussions seront importantes) mais cet impact est jugé moindre quand il s’agit de comportements addictifs (72% pensent que les répercussions seront importantes) ou de troubles alimentaires (59%). Ainsi, les pharmaciens eux-mêmes semblent davantage convaincus de l’efficacité de l’éducation santé sur le comportement du patient dans des domaines ayant trait à un suivi médicamenteux (que nécessitent davantage des pathologies lourdes) que sur des questions plus générales de santé publique ou d’apprentissage de bonnes habitudes.

Le grand public semble assigner certaines limites aux seuls pharmaciens. Si leur pharmacien leur apprenait à modifier leur comportement pour améliorer leur santé, 43% d’entre eux l’écouteraient car ils ont suffisamment confiance en lui, mais une proportion légèrement supérieure de Français (45%) en parlerait d’abord à son médecin, tandis que 11% ne l’écouteraient pas vraiment à moins qu’un médecin ne leur en reparle par la suite. Ainsi, les personnes qui pourtant considèrent que l’éducation santé est du ressort du pharmacien sont quasiment aussi nombreuses à en référer d’abord au médecin (44%) voire à ne pas vraiment les écouter (9%). Il est vraisemblable que cette notion de partage soit aussi variable suivant les catégories de Français et la qualité de la relation de confiance qu’a su développer le pharmacien avec son patient.

 

Ž  Vers un élargissement des responsabilités des Pharmaciens : limites ou opportunités pour la profession ?

Cette mission partagée avec le médecin dont nous avons voulu tester les limites, se retrouve dans la dernière question, relative à l’acceptation par le grand public et par les pharmaciens eux-mêmes d’une augmentation de leurs prérogatives. Ainsi, les pharmaciens accepteraient de prescrire des médicaments pour des pathologies à petits risques (91%), un acte qui serait également accepté par 73% des Français. En revanche, les pharmaciens sont moins nombreux – mais néanmoins toujours majoritaires – à se déclarer prêt à rédiger une ordonnance après le diagnostic du médecin (68%) et modifier ou adapter le traitement en fonction de l’évolution de la maladie (55%), deux actes que les Français ne sont pas encore prêts à accepter : ils ne sont aujourd’hui que 39% et 37% favorable à cette évolution des prérogatives du pharmacien..

En d’autres termes, les Pharmaciens sont majoritairement prêts à endosser de nouvelles responsabilités mais les Français continuent d’assigner certaines limites aux pharmaciens exceptés sur la possibilité pour le pharmacien de prescrire des médicaments pour des pathologies à petits risques.

 

Paris Expo - Porte de Versailles - 75015 Paris
Bâtiment 7, niveau 3, accès par le Hall Orion (escalator)

Automobile Accès par le périphérique intérieur et extérieur, sortie Porte de Versailles
Bus PC (petite ceinture), 39, 49, 80 (le dimanche)
Taxis Station à l'entrée de Paris Expo (Porte A)
Métro Porte de Versailles ligne n°12 (Porte de la Chapelle, Mairie d'Issy)
Stations desservies : Montparnasse, Concorde, Madeleine, Saint-Lazare.

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